L’administration Trump se dirigerait vers un sauvetage de 500 millions de dollars pour Spirit Airlines, une décision qui a soulevé d’importantes préoccupations juridiques, économiques et réglementaires. Le plan proposé consiste à accorder des prêts au transporteur en difficulté en échange de bons de souscription, donnant ainsi au gouvernement une participation dans une compagnie aérienne privée.

Un pari financier à haut risque

Spirit Airlines lutte depuis des années pour assurer sa rentabilité, sortant récemment d’un processus de faillite sans aucune voie claire vers une stabilité à long terme. Le problème fondamental est que les investisseurs privés ne sont plus disposés à financer les pertes de la compagnie aérienne, laissant le gouvernement comme « prêteur en dernier ressort ».

Les critiques affirment qu’il s’agit ici de « jeter de l’argent après de l’argent ». Alors que Spirit est connue pour son modèle ultra low-cost, une compagnie aérienne subventionnée par le gouvernement crée plusieurs distorsions du marché :
Concurrence réduite : Même si la présence de Spirit maintient les tarifs bas, une compagnie aérienne en déclin ou dépendante du gouvernement peut ne pas exercer la même pression concurrentielle sur d’autres transporteurs comme Frontier.
Incitatifs mal alignés : Si le gouvernement détient une participation, le ministère des Transports (DOT) peut être confronté à des conflits d’intérêts. Par exemple, lors de l’attribution des créneaux aéroportuaires, le DOT pourrait donner la priorité à Spirit pour protéger la valeur de son « investissement » plutôt que d’agir uniquement dans l’intérêt public.
Ingérence réglementaire : Certains craignent que la capacité de la FAA à agir de manière indépendante puisse être compromise. Si la Maison Blanche détient un intérêt financier dans la compagnie aérienne, les inspecteurs pourraient se sentir poussés à hésiter avant d’imposer des amendes ou des restrictions opérationnelles.

L’obstacle juridique : est-ce autorisé ?

L’aspect le plus controversé de cette proposition est sa légalité. En vertu de la Loi fédérale sur la réforme du crédit, le gouvernement ne peut pas accorder de prêts ou de garanties aux entreprises privées sans autorisation budgétaire spécifique accordée par le Congrès.

Pour contourner cela, l’administration peut tenter d’invoquer la Loi sur la production de défense (DPA). Le DPA permet au pouvoir exécutif d’accorder des prêts à des entités privées pour protéger ou restaurer des capacités essentielles à la défense nationale. Cependant, la justification du recours au DPA pour Spirit Airlines est très discutable :
– Spirit Airlines représente moins de 2 % de la capacité de transport aérien intérieur.
– Bien que l’administration puisse affirmer que l’effondrement de Spirit dégraderait la « mobilité d’urgence » ou la « capacité de main-d’œuvre de l’aviation », de nombreux experts juridiques considèrent ces affirmations comme un étirement de la loi.

Si l’administration tente d’utiliser le Fonds de stabilisation des changes du Trésor à la place, les défis juridiques s’intensifieront probablement, car ce fonds n’est pas destiné au sauvetage des entreprises.

Pourquoi l’administration agit maintenant

Le moment choisi pour cette décision suggère des motivations politiques. L’administration semble désireuse d’éviter une faillite très médiatisée d’une compagnie aérienne au cours de son mandat, en particulier une faillite qui pourrait être imputée à des facteurs externes tels que les coûts du carburant ou les tensions de politique étrangère.

En intervenant, l’administration cherche à éviter le « chaos » d’un effondrement de l’Esprit, mais le coût est double :
1. Coût direct : Une perte potentielle de 500 millions de dollars de l’argent des contribuables si la compagnie aérienne ne parvient pas à se redresser.
2. Coût systémique : L’érosion de l’État de droit et le précédent consistant à utiliser des pouvoirs d’urgence pour subventionner des entreprises privées en faillite.

“Élargir le droit pour atteindre le résultat souhaité viole les principes fondamentaux de l’État de droit, quel que soit l’objectif visé.”

Conclusion

Le projet de sauvetage de Spirit Airlines représente une rupture significative par rapport à l’économie de marché traditionnelle et aux normes juridiques. S’il est mis en œuvre, il risque de créer un précédent dans lequel le gouvernement utilise des justifications de défense nationale pour masquer le subventionnement d’entreprises privées en difficulté.